L'émaillerie a constamment fleuri dans l'Occident chrétien de la fin du VIIIe siècle jusqu'à l'aube de la Renaissance. Les émaux, pierres précieuses modelées de main d'homme, translucides ou opaques, colorent les métaux et en exaltent les valeurs lumineuses. L'or, puis le cuivre, enfin l'argent, sont unis intimement par le feu à leur substance cristalline.
Pendant le haut moyen âge, l'or d'abord, parcouru de minces cloisons soudées, offre aux émaux son soutien. Les ateliers carolingiens, puis ceux de l'empire ottonien, de Trèves à Ratisbonne et à Milan, rivalisent jusqu'au XIe siècle avec les modèles venus de Byzance.
L'Europe romane adopte le cuivre, métal aux reflets changeants, que l'on sculpte dans la masse, en taille d'épargne, en champlevé. Hardiesse et monumentalité caractérisent ainsi, dès l'abord du XII° siècle, de Conques au Mans et à Silos en Castille, l'oeuvre de Limoges. En pays de Meuse et en Rhénanie, les foyers septentrionaux, à Huy, à Maastricht, à Cologne et à Hildesheim, la sagesse des théologiens et la méditation des mystiques concentrent en des compositions subtiles toutes les harmonies d'une riche palette. Les rois et les abbés, Louis VII avec l'aide de Suger, les Plantagenêts, les Guelfes, rivalisent en ornant trésors monastiques et panthéons dynastiques d'émaux exécutés par des émailleurs venus de partout sur les chantiers de Saint-Denis, de Bury Saint Edmunds, de Cologne. Godefroy de Huy, Nicolas de Verdun, Eilbert'is de Cologne et G. Alpais de Limoges, parcouraient ainsi l'Europe.
Tantôt jalousement préservés jusqu'à nos jours dans les trésors des abbayes et des cathédrales, tantôt démembrés, martelés, vendus, les émaux connaissent un nouveau destin. De grandioses monuments sont accessibles aux pèlerins, comme le frontal de Saint-Michel-de-Excelsis (Espagne) ou l'ambon de Nicolas de Verdun à Klosterneuburg (Autriche), ou encore le reliquaire du Corporal de Bolsena à Orvieto. Les tombeaux des enfants de saint Louis sont à Saint-Denis, la Royal Gold Cup au British Muséum. Les reliquaires mosans de la Vraie Croix furent acquis par des amateurs romantiques, dont le prince Soltykoff, et se trouvent aujourd'hui dans les grands musées en Europe et aux Etats-Unis. Des cabinets d'amateurs parisiens, vénitiens ou suisses, aux musées nationaux ou universitaires, de chantiers de fouilles et de presbytères en ventes publiques, les émaux ont émigré, parfois brutalisés, plus souvent caressés ou contemplés.