Créatrice singulière, farouchement indépendante, Line Vautrin imagina dans le Paris de l'immédiat après-guerre des objets d'une intense poésie ; poudriers, boites, broches, colliers ou cendriers de bronze doré, gravés ou émaillés, ils appartiennent à la fois à l'art du bijou par leur délicatesse, et à la sculpture par leur tactilité. Ce savoir plastique, Line Vautrin l'appliqua, à partir des années soixante, à une toute autre catégorie d'objets et à un matériau nouveau, qu'elle nomma talosel. De fines feuilles de résine, disposées en strates, grattées, scarifiées, travaillées au feu étaient marquetées de minces éclats de miroir, prenant les nuances les plus subtiles, évoquant l'ardoise ou le schiste, l'os et le bois rongés par le temps. Les oeuvres qu'elle exécuta dans cette technique jusqu'à sa mort, en 1997, sont aujourd'hui extrêmement recherchées et atteignent des cotes impressionnantes. Elles font désormais partie de l'histoire des arts décoratifs au XX° siècle. Ce livre. qui accompagne une exposition à la galerie Chastel Maréchal, à Paris, est le premier à les restituer dans toute leur splendeur. Il ébauche une esquisse de répertoire des oeuvres désormais dispersées en même temps qu'il éclaire les aspects symboliques, totalement méconnus, de ces objets fascinants qui recueillent et diffractent la lumière, et où le feu des éclats vient sertir l'eau pure des miroirs.