En présentant cette manifestation, on est étonné de constater qu'il aura fallu attendre l'an 2002 pour dédier une grande exposition en France à une figure éminente du XVIII° siècle français, la marquise de Pompadour. C'est à Versailles, bien sûr, où elle vécut et mourut, qu'on imaginait cette rétrospective, qui a l'ambition d'évoquer le rôle de la favorite dans les arts pendant près de vingt ans, au coeur du siècle et entre deux goûts, le rocaille et le retour à l'antique. Qu'on veuille bien se souvenir à cet égard que madame de Pompadour fut l'instigatrice de la construction du Petit Trianon par Gabriel, chef-d'oeuvre et exemple parfait mille fois copié, d'un aboutissement et d'une subtilité architecturale hors pair ré apprivoisant les lignes droites. Mais madame de Pompadour est aussi la grande dame portraiturée par Boucher, qu'allaient aimer et admirer les Goncourt dès le milieu du XIX° siècle, et plus tard Pierre de Nolhac (cette époque et ce style dits « Pompadour » ne devaient pas connaître un long purgatoire...). La Tour, Drouais, les plus grands artistes de l'époque ont fixé ses traits et ont contribué à sa légende, celle d'une femme belle et même resplendissante, mais aussi intelligente (on comprend pourquoi elle réussit à se maintenir, jusqu'à sa mort, dans le monde cruel de la Cour, dont elle eut peu à peu le dégoût, et tel que le retrace un Croy ou un Luynes), passant d'un simple rôle de favorite influente à celui de duchesse à brevet et de Dame du palais de la reine. Ce n'est pas la femme d'affaires ou la tête politique que l'on veut ici évoquer, mais la protectrice des arts dans « un moment de perfection de l'art français », et c'est ce à quoi se sont attachés les commissaires de l'exposition, M. Xavier Salmon à Versailles, Mme Helge Siefert à Munich et M. Humphrey Wine à Londres, en réunissant autour d'eux une équipe de spécialistes. À cet égard il est assez étonnant de constater que très peu d'éléments sûrs sont parvenus jusqu'à nous de l'immense patrimoine mobilier et d'objets d'art qu'avait possédé la marquise. Deux publications anciennes et toujours remarquablement utiles sont là pour nous les rappeler, celle de Louis Courajod (le Livre Journal de Lazare Duvaux) en 1873 et celle de Cordey (l'inventaire après décès de la marquise) en 1939. La moisson cependant a été fructueuse pour les peintures et les sculptures, elle reste éblouissante pour les porcelaines de Sèvres (plus de deux mille pièces anciennes et modernes de porcelaine lui ont appartenu...), ce qui n'est que justice puisque Mme de Pompadour fut l'instigatrice de la création de la manufacture royale en 1756 ; une section plus inattendue, celle des intailles gravées par la marquise elle-même, avec l'aide de praticiens de la glyptique, sera une découverte correspondant à une passion princière qui fut fort répandue.
Celle à qui Mme Du Hausset faisait dire « J'adore cet homme, je sacrifierais ma vie pour lui », en parlant de Louis XV, apparaîtra sous un jour nouveau par ses commandes qui représentent si bien la France du XVIII° siècle. Que cette exposition, accompagnée d'un catalogue exhaustif et faisant le point sur la question, qui a demandé tant de soins, en apporte la confirmation.