Non seulement l'être humain, qui a passé neuf mois d'immersion dans le liquide amniotique, se compose d'eau à 65 % mais, de plus, il évolue sur une planète recouverte d'océans à 70,8 %. Il n'est donc pas surprenant que dès le néolithique 10 000 ans avant J.-C. nos ancêtres se soient naturellement intéressés à l'univers liquide, doux ou salé, pour inventer les moyens d'y évoluer ou de tenter de se l'approprier. En comparaison, la roue, autre invention déterminante pour l'humanité, apparaissait en Mésopotamie 3 500 avant J.-C. Alors, comme une sorte de réflexe conditionné, le claquement sec d'une voile, le clapotis de l'eau sur une coque ou le grincement d'une poulie peuvent changer radicalement le comportement d'un individu dit normal. Les yeux dans le vague, il se remémore spontanément la contemplation rêveuse d'une silhouette de voilier sur fond de soleil couchant tropical, les battements de son coeur lorsque ses docksides le mènent jusqu'au bord du quai d'où il a aperçu des mâts dépasser, l'observation critique des gestes des marins qui hissent les voiles et libèrent les amarres, le vague à l'âme devant quelques vieilles coques couchées dans une vasière perdue, des matins d'embarquement joyeux à bord de voiliers remuants et le souvenir de lectures, de films, d'objets qui l'ont fait embarquer vers des océans couverts de voiles.
Entré en plaisance dès l'enfance, l'auteur n'a cessé de naviguer à bord de toutes sortes de voiliers sur la plupart des mers du monde et d'écrire sur les voiliers, la mer et les hommes qui vont sur la mer. Engagé depuis de nombreuses années dans la sauvegarde du patrimoine maritime, Philippe Payen est vice-président du Yacht Club Classique et collabore régulièrement au Chasse Marée.